Taxe sur les cyclistes de Bandundu en RDC: « Un impôt qui fait plaisir à tout le monde »

13 Oct

Un article très intéressant du Courrier International.  Alors que Paris se demande si taxé les voitures en ville est une bonne idée la RDC n’hésite pas à taxer les vélos…Deux mondes, deux transports mais qui est en avances sur qui finalement? A lire impérativement!

Courrier International

Un impôt qui fait plaisir à tout le monde

Trois ans après l’imposition d’une taxe sur les vélos, les nombreux cyclistes de Bandundu sont ravis de voir cet argent servir à améliorer la vie dans leur cité, constate l’agence de presse Syfia Grands Lacs.

13.10.2009 | Désiré Tankuy

« La ville du vélo. » Ainsi peut-on appeler Bandundu, chef-lieu de la province du même nom, au nord-est de Kinshasa, en république démocratique du Congo (RDC). Dans cette agglomération de 450 000 habitants où presque chaque famille possède un vélo, cet engin n’est pas seulement l’unique moyen de transport public, mais aussi l’une des sources sûres de recettes de la ville. Car l’instauration en 2006 d’une taxe sur les deux-roues apporte une petite bouffée d’oxygène à la capitale de cette province qui n’est pas particulièrement riche.

Fixée au début à 1 500 francs congolais [1,20 euro] pour le vélo à usage privé et à 3 000 Fc [2,40 euros] pour celui destiné au transport public avant d’être uniformisée à 2 000 Fc [1,60 euro], cette taxe a généré des recettes permettant à la municipalité de payer des avances sur salaire aux fonctionnaires, de réhabiliter des marchés publics, d’installer l’éclairage public… Selon Wilu Zwala, chef de bureau urbain du budget, elle devrait rapporter cette année environ 42 000 euros de trésorerie à la mairie.

Martine Bokenge, l’ex-maire de la ville, qui a instauré cette réglementation, était convaincue dès le départ de ses effets bénéfiques. Encore fallait-il que les gens comprennent l’utilité de cette mesure et l’acceptent. « Tout vélo mis en circulation doit avoir des freins, un système d’éclairage, une sonnette, un feu de position et surtout payer la taxe annuelle sur la plaque vélo pour éviter des accidents de circulation », martelait-elle chaque fois qu’elle s’adressait à la population. Des précautions et habitudes jusque-là négligées, mais que les habitants ont effectivement très vite acceptées. « J’ai compris qu’avoir un vélo en ordre et se conformer aux normes routières profite à moi-même, car je suis en sécurité », reconnaît Ngytuka Balemba, un tolekiste (chauffeur de taxi à vélo).

Ce type de taxe était considéré, il y a encore peu, comme une tracasserie administrative. Instituée dans le cadre de la politique de décentralisation du pays, elle est aujourd’hui, d’après la mairie, la taxe la mieux tolérée à Bandundu. Les propriétaires de bicyclettes s’acquittent de cette obligation sans se faire prier, convaincus que leur argent ne va pas dans les poches des individus comme c’est souvent le cas, mais est versé au Trésor public pour des actions d’intérêt collectif. Comme preuve de paiement, ils reçoivent un récépissé qui reprend le nom du propriétaire, la marque de l’engin, sa couleur, le numéro du cadre, le nom du percepteur de la taxe ainsi que le montant payé. Un document précieux qui sécurise le propriétaire et assure la transparence dans la gestion des frais encaissés.

« Quand les finances sont bien gérées, le gouvernement de la province est capable de réaliser tant de choses… », fait observer Théophile Tabala, un nonagénaire qui partage souvent son expérience d’ancien avec des jeunes de Bandundu. Les avances sur salaire payées aux nouveaux fonctionnaires, qui attendent souvent longtemps avant d’être titularisés, de même que les primes versées au personnel varient entre 20 et 66 euros. « C’est un véritable soulagement pour ces fonctionnaires », s’exclame un habitant.

Après ces premiers résultats, en 2008, la ville a laissé aux communes le droit de percevoir la totalité de la taxe. A leur tour, ces entités paient aussi des primes à leurs agents, nettoient les caniveaux et ont commencé à rénover les étals des marchés, désormais éclairés.

Pour la police de la circulation, qui, par son travail de contrôle, a aidé la ville à engranger ces recettes et incité chauffeurs de taxi-vélo et usagers à se conformer à la loi, les résultats sont aussi encourageants. Selon un commissaire, avant la taxe, il ne se passait pas un jour sans qu’un accident causé par des vélos sans frein, sans klaxon ni phare ne soit signalé dans la ville. « On enregistrait entre 10 et 18 accidents par semaine. Ce taux a été réduit de près de 90 % », indique-t-il, fier du travail abattu.

A bicyclette

Absence de transports collectifs, loyers élevés qui contraignent les habitants à s’éloigner vers la périphérie des villes : à Bandundu comme à Kinshasa, se déplacer est un parcours du combattant. D’où la profusion de vélos-taxis, une profession exercée par nombre de jeunes. Dans la capitale, Kinshasa, il existe pourtant une régie des transports urbains, la Retranskin. Cette société avait reçu voici un an une nouvelle flotte de bus et minibus, totalisant une centaine de véhicules. Il ne reste aujourd’hui qu’un nombre minime de ces bus, pannes et manque de moyens pour le carburant ayant éliminé la plupart d’entre eux. Dans un article sur le sujet, le quotidien congolais Le Potentiel évoque « l’absence d’une politique de gestion clairement établie » et « un trop-plein de cadres ». Par le passé, d’autres sociétés de transports collectifs en RDC ont terminé à genoux. Faute de bonne gestion.

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