Swinguer comme une triplette de Lomé – article d’animafac

6 Déc

jeudi 16 février 2006.

Par Ana Lutzky Chez Animafac

triplettelomedakar1« Au départ, c’est l’histoire de potes qui ont un stage à faire au Sénégal« , explique Augustin. « Plutôt que d’y aller en avion, ils y vont en vélo. Et comme ils sont trois, ils y vont en triplette. »

La triplette ? Comprenez la cousine du tandem : un vélo, mais pour trois. Les doux dingues en achètent une, d’occasion.  » Vous n’y arriverez jamais !  » , leur rabâche-t-on : c’est que le véhicule fait vraiment office de vieux coucou. Ils cèdent donc et… s’en font construire une ! « La Rolls Royce des triplettes« , jubile Augustin. Les conditions sont désormais réunies pour qu’ils mènent à bien leur périple : Paris-Dakar à coups de pédale, soit 5500 km en vélo. Pardon, en triplette.
Un beau jour, les trois jeunes hommes arrivent à Dakar, puis en reviennent. Tous trois sont étudiants à l’Ecole internationale de commerce et de développement dite « 3A » (Asie, Afrique, Amérique Latine) basée à Lyon, et cherchent à passer le relais de leur association créée pour l’occasion, Cabine 13. Augustin le prend. Ce sera Lomé Dakar avec la même triplette l’année suivante, soit l’été 2003. Une fille fait désormais partie de l’équipe. Aux côtés de Géraldine et d’Augustin, Rémi est le troisième pédaleur. Objectif de leur voyage : faire la promotion de leur école 3A qui ouvre à Dakar. Ce but, qui leur permet d’être financés par leur école, les conduit à être interviewés dans des des radios et journaux locaux tout au long de leur parcours. Et quel parcours : Togo, Bénin, Burkina Faso, Mali, Sénégal. 100km par jour en moyenne. 

Le départ. Géraldine, Augustin et Rémi aterrissent à Lomé un jeudi… au beau milieu des élections présidentielles . La triplette n’est pas encore arrivée. Malgré leurs aller-retours à l’aéroport, le précieux véhicule met plusieurs jours à leur parvenir. Dès que ce dernier est sur terre ferme, le dimanche, tous trois prennent leurs pédales à leur coup et se sauvent du Togo, le climat des élections n’étant jamais très prévisible. Au début du parcours, ils zigzaguent sous le poids de l’engin. Une triplette est autrement plus encombrante qu’un vélo : lorsqu’elle entame un virage sur la route, personne ne peut passer. « Celui qui est devant donne le rythme« , explique Augustin, qui rythme donc à grands coups de pédale. En 30 ou 35 jours, ils accomplissent 3500 km : 3000 km sur route et 500 km de déplacements en ville. Seul le trajet Bamako-Sénégal est fait en train… « parce qu’il n’y a pas de route« . Les reliefs sont particulièrement difficiles à aborder : être en danseuse sur une triplette relève du funambulisme. « En pente, tu as vraiment l’impression de rouler en marche arrière. Tu es aspiré vers le bas. » Malgré tout, tous trois prennent de l’aisance au fil de parcours. Ils finissent même par slalomer entre les voitures dans les capitales.

Mécanique. Les axes des pédales cassent par deux fois. En sortant de Cotonou d’abord : une pédale de rechange les remet toutefois vite sur pied. Au nord du Bénin ensuite. Par temps humide, sur une pente à 10 degrés, ils s’enfoncent dans la terre, et forcent sur le pédalier. Les pédales fragilisées cassent dans la descente : une fois à droite, puis une fois à gauche. Leur salut vient cette fois sous la forme des camions chargés de l’entretien de routes : armés du matériel adéquoit, ils coupent l’axe de pédalier, mettent une tige puis ressoudent les pédales !
Plus grave : un peu plus loin, le cadre est fendu. Prenant leur mal en patience, les trois désormais piétons croisent un couple en vélo. La discussion s’engage. Parti de France, le couple voyage en vélo pour un an. Son métier à lui est de construire des vélos à Paris. Or, seuls deux endroits sont susceptibles de voir construire une triplette en France : Lyon, et Paris. Quelle n’est pas leur surprise quand ils constatent que l’homme en question avait réparé cette même triplette lorsque leurs prédécesseurs avaient effectué le trajet Paris -Dakar et en avaient cassé la fourche ! L’homme revient le lendemain, utilise le matériel des camions chargés d’entretenir les routes, qui leur avaient déjà sauvé la mise, et ressoude le cadre.
C’est loin d’être leur unique rencontre insolite. Un japonais, qui après avoir fait le trajet Japon-Norvège en vélo s’attelait désormais à rallier l’Afrique du Sud depuis le Nord de l’Europe, reste en particulier dans les mémoires. « Le plus hallucinant, c’est qu’il apprenait la langue au passage » se souvient Augustin. Un seul accident de parcours : alors qu’ils avancent sur les routes étroites et mal entretenues, un camion et une voiture se croisent à leur niveau. Ca passe. Une mobylette s’invite au bal… et leur rentre dedans. Plus de peur que de mal : une roue voilée, le froid, la pluie mais pas de blessures. Plusieurs rayons son cassés. Ils finissent par remonter en selle, se demandant s’ils pourront aller jusqu’au bout du fait du mauvais état de leur bécane.

Obstacles. « Le plus difficile n’était pas le défi physique, c’était de vivre à trois ». Une fille et deux garçons : l’équipe semble plus équilibrée que trois garçons, mais n’est pas moins source de crêpages de guidon. Surtout s’ils ne sont jamais à plus d’un mètre l’un de l’autre. « Tu ne peux pas partir. Tous les jours, tu roules, du dors, tu manges ensemble. » Augustin s’en souvient comme d’une période intense. Il leur faut de plus faire des économies d’espace : avec un porte bagage avant, un arrière, et 5 sacoches pour toute assistance, force est de ne pas transporter trop de nourriture. Ils mangent dans les boui boui sur le bord de la route, en sont parfois malades. Evitent les sauces. « Pouah ! Ce fromage peul !« . Nourri au scoutisme et à l’endurance, Augustin ne se laisse toutefois pas abattre : durant le voyage, il prend même des kilos ! Géraldine est malade. Elle et Rémi ont le paludisme. Parce qu’il a la peau dure ou se parsème mieux d’antimoustique, Augustin est épargné.
 » Il y a un moment où tes jambes continuent à tourner parce que ta tête le dit. La douleur est toujours présente, mais il faut passer les 3 premiers jours, après tu oublies, ou tu fais avec. » Ils ne souffrent par contre pas des coups de soleil : tous trois ont un casque (« c’était la condition pour que les parents nous laissent partir »), qui les rafraîchit et les isole des rayons. Les shorts  » cyclistes « , en nylon, évitent les frottements, mais ne sont pas des plus hygiéniques.
Malgré ces menus obstacles, tout se déroule bien dans l’ensemble. Une fois au Sénégal, ils sont pressés d’arriver, et lorsqu’ils touchent au but, c’est un peu la délivrance. « Avant de partir les gens te font peur, tu penses que l’ennemi est partout. Pourtant, nous ne nous sommes pas fait agresser sur les routes. Les douaniers trouvaient ça rigolo« .

Question de rythme. Aujourd’hui Augustin repartirait bien. « Le vélo c’est un bon rythme. C’est l’occasion de discuter avec plein de gens. La marche, c’est trop lent, la voiture, tu n’as le temps de rien voir, et puis tu es à l’intérieur« . Les odeurs, le vent, les gens, font partie du voyage. « C’est chouette quand ton physique est en jeu. Ton corps travaille. Les gens disaient : le vélo c’est le moyen de transport du pauvre. Les blancs c’est riche. Pourquoi des blancs sont-ils sur un vélo ? Sont-ils si pauvres qu’il sont à trois sur un même vélo ?« 

La grande aventure de la triplette continue : Géraldine, Rémi et Augusin ont à leur tour passé le relais à d’autres, qui ont quant à eux rallié Lyon à Istambul en passant par Athènes (allez comprendre). Les suivants ont fait reconstruire une nouvelle triplette, la précédente étant trop usée, et se sont attaqués au trajet Paris Moscou. On chuchote même que l’année prochaine, trois fous voudraient rejoindre Porto Alegre depuis Ushaïa, mais Augustin est sceptique.

Article sur Animafac ++

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